Accréditation

Charlotte Barker : « Notre principal défi consiste à faire en sorte que les films que nous avons restaurés sortent en salle. »

Photo Barker Conf

Pourquoi était-il important pour vous d’être présente au Marché international du cinéma classique ?

J’adore participer à ces marchés, ne serait-ce que pour pouvoir discuter de films classiques avec les gens, faire des rencontres et échanger sur ce sujet. Pour moi, c’est un plaisir d’être entourée de personnes qui aiment les films classiques et le cinéma classique. Ça me donne envie de faire mon métier, rien que pour échanger avec des gens qui sont aussi passionnés que moi. Parce que, vous savez, à Hollywood, beaucoup de gens s’intéressent davantage aux nouveaux films, alors c’est agréable d’être entourée de personnes qui s’intéressent davantage aux vieux films.

Vous semblez être très passionnée à propos des vieux films. Puisque vous travaillez essentiellement sur des films anciens, quel est votre rapport aux nouvelles sorties ?

Je me retrouve à regarder beaucoup plus de films anciens, simplement parce que c’est mon métier, mais j’en regarde aussi de nouveaux. Je vais tout le temps voir les nouvelles sorties. J’adore tout simplement le cinéma. J’ai parfois du mal à faire la distinction entre le travail et le loisir, simplement parce que j’aime tellement le cinéma.

Selon vous, quel est le principal défi auquel l’industrie est confrontée actuellement ?

Pour moi, c’est de parvenir à ce que les films que nous avons restaurés sortent en salle. C’est le principal défi pour nous, et cela concerne généralement les droits. Il peut s’agir de droits musicaux ou de tout autre type de droits, ou peut-être simplement du fait de ne pas avoir suffisamment de personnel au studio pour vérifier ces droits. Il s’agit vraiment juste de faire sortir les films une fois qu’ils ont été restaurés ; c’est le plus grand défi pour moi. Nous n’avons pas de personne dédiée à cette tâche au sein de notre équipe, mais ce serait bien. C’est donc à moi de m’en charger dès que j’en ai l’occasion.

Paramount dispose d’un catalogue très vaste, qui comprend aussi bien des films anciens que récents. À vous entendre, on pourrait penser que les films anciens représentent une part importante du catalogue de Paramount. En réalité, quelle est leur part dans le catalogue de Paramount ?

Ils constituent une part considérable du catalogue. Nous possédons non seulement le catalogue Paramount, mais aussi celui de Republic Pictures. Nous possédons tous leurs films. Nous avons plus de quatre mille courts-métrages : des courts-métrages, des comédies musicales en deux bobines, des films d’animation. Notre catalogue de titres anciens est donc vraiment vaste. Et juste au moment où l’on pourrait penser que nous les avons tous traités, on se rend compte du nombre qu’il nous reste, et il y en a encore tellement. C’est donc une part considérable de notre catalogue.

Vous êtes très active sur Instagram, et vous êtes également présente sur YouTube. Pourquoi était-il important de montrer votre travail sur ces plateformes aujourd’hui ? Vous expliquez que c’est pour répondre aux commentaires négatifs que les gens publiaient à propos de Paramount sur Internet. Est-ce que c’est aussi pour s’adresser aux plus jeunes générations, qui utilisent ces plateformes, afin de les initier aux films classiques ?

Eh bien, c’est un peu les deux. C’est pour montrer aux gens ce que nous faisons et pour leur faire voir qu’il y a de vraies personnes qui s’intéressent à ce catalogue. Ce n’est pas juste une bande de comptables, comme on l’entend souvent dire sur les forums de cinéma. J’adore aussi tout simplement ce que je fais, et je sais qu’il y a d’autres personnes qui s’enthousiasment pour les petites choses que nous découvrons. Je publiais des choses pour mes amis sur mon compte Instagram, qui est resté privé pendant longtemps, puis quelqu’un m’a dit : « Tu devrais vraiment rendre ça public. Les gens trouveraient ça intéressant. » C’est donc ce que j’ai décidé de faire. Mais encore une fois, je pense que la meilleure façon de répondre aux commentaires négatifs n’est pas d’adopter une attitude défensive, mais de montrer aux gens que ce n’est en réalité pas comme ça, d’adopter une attitude positive et de leur montrer qu’il y a des gens qui s’intéressent à tout ça. C’est aussi un bon moyen d’apprendre des choses aux gens. Je m’en sers donc comme d’une plateforme d’apprentissage où je peux montrer aux gens un négatif décoloré et comment nous traitons la décoloration. « Tiens, regarde, voilà comment on identifie une décoloration », ou « voici deux tirages que nous examinons pour déterminer quelle est la meilleure façon de préserver la couleur ou à quoi elle devrait ressembler quand on restaure quelque chose », et « À ton avis, quel tirage allons-nous choisir ? » J’essaie simplement d’emmener les gens avec moi dans ce parcours de restauration.

Vous avez commencé à vous intéresser à la restauration dès votre adolescence. Pensez-vous que, grâce à votre compte Instagram, vous avez donné envie à des adolescents et à des jeunes de se lancer dans la restauration ? Pas seulement pour les films classiques, mais vraiment pour l'idée même de travailler dans la restauration ?

Oui. Les gens m’envoient tout le temps des messages pour me demander comment se lancer dans ce domaine. J’ai déjà rencontré des personnes qui s’y intéressent et qui me demandent sans cesse des conseils. Ça arrive souvent, donc je sais que je touche des gens et qu’ils sont inspirés, ce qui me semble un peu fou : je ne pensais pas que ce genre de choses puisse inspirer les gens, car je me sens moi-même toujours inspirée par les autres ; c’est donc étrange que les gens puissent être inspirés par moi. Mais j’essaie toujours de rendre la pareille, comme on dit, parce que tant de personnes m’ont aidé et m’ont donné des conseils qui m’ont vraiment été utiles. J’essaie de faire de même pour les autres.

Lors de votre intervention au marché, vous avez dit que le travail sonore sur Boulevard du crépuscule était « un bon exemple d’IA ». Avez-vous un exemple d’IA mal utilisée ?

Nous pensons que la restauration doit consister à supprimer ce qui ne devrait pas être là, et j’imagine que l’IA, c’est justement ajouter ce qui ne devrait pas être là, n’est-ce pas ? Mais c’est quelque chose que nous ne voulons pas faire. De plus, nous essayons de réfléchir à la manière dont nous pourrions utiliser cet outil plutôt que de remplacer qui que ce soit.

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