Alors que l’édition 2026 du Marché International du Film Classique compte deux pays et territoires mis à l’honneur, la première journée du Marché a été marquée par la table ronde « Faire vivre le patrimoine cinématographique grec : quels modèles pour demain ? ». Réunissant Irini Andriopoulou, Directrice Éducation à l’image et Patrimoine, Hellenic Film & Audiovisual Center chez EKKOMED, Philippe Chevassu, Fondateur et président de Tamasa Distribution, Maria Komninos, Professeure et Présidente du conseil d’administration de la Greek Film Archive, et modérée par Aimé Besson, Attaché audiovisuel à l’Institut Français de Grèce, cette table ronde a permis de dresser un portrait large de l’état du patrimoine cinématographique grec, de sa conservation, de sa restauration et de sa diffusion en Grèce mais aussi à l’échelle internationale.
Plusieurs institutions différentes
Fondée dans les années 1950, la Greek Film Archive comporte une collection de plus de 900 négatifs issus du cœur de la grande cinéphilie grecque, aujourd’hui conservés aux archives. Depuis 1953, elle est membre de l’Association des cinémathèques européennes et collabore avec différentes institutions étrangères pour trouver des financements et rendre plus accessible le patrimoine grec.
En parallèle, EKKOMED, régi par le ministère de la Culture, entend soutenir le cinéma en créant un écosystème positif pour les métiers de l’image tout en proposant une action de communication visuelle. Jonglant entre une vocation patrimoniale et éducative, EKKOMED entend reconstruire une mémoire institutionnelle, à la jonction de la mémoire individuelle et collective, pour créer une mémoire hybride, transmise à la nouvelle génération.
De nouvelles initiatives
Œuvrant avec des objectifs similaires, la Greek Film Archive et EKKOMED ont toutes les deux mis en place des initiatives nouvelles. D’un côté, la Greek Film Archive a débuté un travail de digitalisation de plusieurs films, une action cruciale à l’heure de la transition du photochimique vers le numérique. Lancé grâce à des financements notamment issus de L’Immagine Ritrovata, ce projet a permis de projeter plusieurs films de la Nouvelle Vague grecque à Bologne, par exemple Prosopo Me Prosopo de Robert Manthoulis. En outre, la Greek Film Archive a pu créer son propre laboratoire de restauration indépendant, afin de récupérer et d’utiliser des fonds européens et de donner un cadre aux archives. Pas encore inclus dans les politiques nationales grecques, il devrait le devenir à l’avenir.
En parallèle, EKKOMED a lancé un catalogue en ligne de plus de 1000 films accessibles. Grâce à lui, il sera possible de contacter les détenteurs de droits des titres disponibles et de les utiliser dans des festivals ou dans des salles. Par cette initiative, EKKOMED espère mettre en lumière le catalogue grec sur le territoire, mais pas seulement.
Un écosystème international de financement
En plus de ces deux institutions grecques, le patrimoine cinématographique grec bénéficie du soutien de plusieurs entités étrangères, notamment par le biais de l’Association des cinémathèques européennes, mais aussi grâce au partenariat entre l’INA et EKKOMED. Les distributeurs étrangers sont aussi de grands acteurs de la cinématographie classique grecque, notamment Tamasa, même si toutes les filmographies grecques ne se valent pas auprès du public. Distribuer les œuvres de Níkos Koúndouros est, par exemple, très compliqué en France, car leur restauration est très coûteuse, avec peu d’espoir d’avoir un retour sur investissement à la fin. Même s’il est un cinéaste majeur du patrimoine grec, on ne pourra probablement plus le revoir en France dans de bonnes conditions.
Le besoin d’un financement national
La question du financement reste majeure en Grèce, où la politique nationale a du mal à intégrer le cinéma classique. À l’heure où la plupart des fonds de la Greek Film Archive viennent d’entités étrangères, le besoin d’une politique patrimoniale nationale est primordial. EKKOMED, de son côté, confie qu’un budget national lui sera alloué en 2027 afin de soutenir ses archives. Pour autant, un vrai soutien de la part du gouvernement est nécessaire pour que le patrimoine cinématographique grec puisse continuer d’exister.
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